Casernes de proximité, routes, écoles, centres d’Assistance Médicale Gratuite (AMG), barbelés et… famine au village.
Une fois la période de pacification des différentes opérations terminées (Jumelle, 1/61èRAA …), après qu’il n’y ait plus de jeunes à massacrer ou à torturer, parce que la majorité d’entre eux sont morts, exécutés impitoyablement, ont rejoint le maquis ou se sont exilés vers les villes Algériennes, principalement ALGER, ou partis en émigration en FRANCE ; après avoir constaté que leur méthode de répression et de massacre à outrance fut un échec total puisqu’ elle servit d’avantage à faire remplir les maquis de moudjahiddines et maquisards, les soldats Français, passèrent à la politique du « tout charme » envers les village
Désenclavement des villages
Enfin, 129 ans après la colonisation de l’ ALGERIE, Ils décidèrent de regarder autrement et positivement du côté des villages ; auparavant ils ne s’intéressaient qu’aux régions (les plaines) qui possédaient des terres fertiles. Celles-ci sont arrachées de force à leurs légitimes propriétaires pour être attribuées à des colons terriens rameutés de toute l’Europe. En plus, des villes, dotées de toutes les commodités leurs sont spécialement crées de façon à leur faciliter la vie ; ainsi fut crée et développé le village de PORT GUEYDON au seul profit des colons qui se virent attribués la bande de terre fertile du littoral. Ce village colonial a été doté de toutes les commodités nécessaires à une vie agréable et facile : l’eau courante, l’électricité domestique, l’école, l’hôpital…
Par la force de la guerre, imposée par le FLN, les soldats Français, afin de gagner l’estime des villageois, daignèrent enfin apporter un peu de confort aux villageois, isolés dans leurs montagnes. Ils ouvrirent des pistes pour avoir des accès carrossables aux villages, ils créèrent des centres de soins pour prendre en charge les malades et assurer des compagnes de vaccinations au profit des villageois. Ils construisirent ou aménagèrent des écoles là où il n'y en avait pas ; ils installèrent des casernes presque dans tous les villages et les entourèrent de fils barbelés truffés de mines explosives. Ils ne laissèrent que quelques ouvertures vers l’extérieur par les rues principales existantes, soumises à une stricte et permanente surveillance.
- au village de TIGUENATINE, fut édifiée une caserne avec mirador sur les hauteurs du village, dirigée par un Lieutenant dépendant du commandement de TIFRIT, ainsi qu’un centre de santé devant couvrir les besoins de tous les villages du Bas AIT FLIK. Il y aménagèrent également une école à proximité immédiate de la caserne ouverte aux élèves garçons et filles du village.
- aux villages groupés de TIGROURINE et EL KRAR, ils en aménagèrent une caserne dans les habitations de TIGROURINE, qui se trouvaient en retrait sur les hauteurs du village, et appartenant aux familles SLIMANE et TACINE. Leurs portes principales donnaient sur la place de « Lemaansra », face au moulin à huile d’EL KRAR. La place commune de « Lemaansra » partage les deux villages en deux. Dans ce même lieu, fut également érigée une école à deux classes ouvertes aux élèves garçons et filles des deux villages. Cette caserne commune, dirigée par un sergent ayant sous ses ordres une quinzaine de soldats, est une annexe de la caserne de TIGUENATINE. Une telle démarche signifiait, surtout, la fin des débarquements surprises des soldats et leurs malheurs, et puis, l’école et le centre de santé ne peuvent normalement apporter que du bien aux enfants. Cependant, l’installation et le bouclage du village avec du fils barbelé truffé de mines explosives meurtrières ne présageait rien de bon.
Comme ça les sorties hors du village étaient strictement réglementées et contrôlées. Celles-ci, permettaient enfin aux habitants de se rendre librement aux champs sans l' appréhension d’être mitraillés par des avions ou bombardés au mortier à partir des casernes situées sur les crêtes des villages environnants. Les villageois ont ainsi occasionnellement la permission et la possibilité de faire paître leurs troupeaux, en réalité le peu qui en restait des précédents massacres perpétrés par les soldats Français à la suite de leur nombreux débarquement au village, et de faire la cueillette de figues ou d’olives, c’est selon les saisons. En réalité, il n’y avait plus grand-chose à cueillir car les figueraies ont dépéri et ne donnent plus que très peu de fruits, soit tout juste de quoi survivre en les rajoutant aux provisions rationnées distribuées misérablement ou plutôt qu’on obligeait les villageois à aller chercher en procession, à pied et au pas de course pour être dans le délai de l’horaire fixé, à huit kilomètres de là, au village de TIFRIT.
Les mines anti-personnel autour du village
Les quantités du rationnement alimentaire était misérables mais donnaient un semblant de tonus aux jeunes enfants pour s’amuser un peu. Justement, l’un de ses amusements consistait à s’approcher dangereusement et inconsciemment des fils barbelés pour localiser et voir comment étaient faites ces mines. Celles-ci sont posées à même le sol ou légèrement enterrées, sans aucune indication, et reliées aux barbelés par de très fins fils difficilement décelables. Après quelques semaines, les jeunes enfants du village avaient pratiquement répertorier toutes les mines antipersonnel installés autour du village. Ainsi les maquisards connaissaient grâce à ces jeunes enfants, qui sont finalement plus inconscients que téméraires.
Révolte contre la famine imposée par les soldats
La population pensait que c’est enfin fini de cette période de grande famine aux villages, ayant eu sa révolte qui se termina par un impitoyable massacre de plus d’une dizaine de vieux du village de TIGUENATINE parce qu’ils osèrent passer outre les mises en gardes et menaces des soldats et du KAID.
Malheureusement, les soldats retombèrent trop vite dans leur mauvaise habitude d’affamer la population en arrêtant la distribution des rations alimentaires et en interdisant aux villageois d’aller aux champs chercher de quoi manger ou en villes pour en acheter. Cette façon de faire la guerre par le chantage par le pain était considérée par les soldats comme une grande stratégie de guerre, sinon pourquoi en recommencent ils avec cette lâche méthode qui avait conduit quelques mois auparavant à une révolte contre la famine imposée qui se termina par une dizaine de morts de civils innocents. Voyons en les circonstances qui conduisirent à ce drame au village de TIGUENATINE.
Durant des mois, les villageois ne pouvaient se rendre aux champs et à la forêt pour chercher de quoi manger, sous le risque d’être mitraillés par des avions ou bombardés à partir des casernes d’IAZOUZENE ou AIT ALI OU ABDALLAH, dominant le Sud-Ouest d’AIT FLIK, perchés sur les pitons de la montagne d’en face. Ils leur a été interdit aussi de se rendre à TIFRIT, le lieu d’où on les rationnait auparavant, ni d’aller en ville à AZAZGA ou ailleurs pour se ravitailler dans les magasins. Les villageois étaient prisonniers et tenus en otage dans leurs villages par les soldats de l’armée Française qui prirent la lâche décision d’affamer délibérément les habitants des sept villages réunis du bas Ait Flik, à savoir TIGUENATINE, TIGROURINE, EL KRAR, AGHNI MEZAIENE, AIT BOUSLIMANE, IDJAKTHOUTHEN et EL MAHLAL.
Les villageois souffraient ainsi depuis quelques mois d’une terrible famine ; ils ne survivaient qu’en mangeant certaines variétés non amères d’herbes et des racines de plantes qu’ils se disputaient aux peu d’animaux domestiques, rescapés des précédents massacres, dans les jardins et les champs, situés juste à la limite du village dans un périmètre où ils ne risquaient pas d’être mitraillés. Les villageois n’en tenaient plus, tenaillés par une grande faim; ils se consultèrent secrètement entre sages et vieux des villages concernés, à l’écart des oreilles indiscrètes, et décidèrent de se fixer un rendez pour se rendre en groupe à TIFRIT afin de supplier les responsables militaires de la SAS et le KAID d’en finir avec leur calvaire. Ces derniers, qui furent avertis de cette démarche par les villageois, l’interdire finalement sous peine de massacre. Ils s’empressèrent d’envoyer des émissaires aux villages mettre en garde et menacer de mort quiconque qui oserait passer outre leurs ordres.
Ainsi au jour « J », connu de tous, les vieux de TIGUENATINE se retrouvèrent finalement seuls à agir car dans les autres villages on se rétracta, convaincus que cela n’allait servir qu’à un nouveau massacre, sachant que les soldats Français, dépourvus de tout sens humanitaire, mettraient à exécution leurs menaces de mort. Les Tiguenatinois pensaient naïvement qu’ en choisissant des vieux pour cette dangereuse expédition ils mettraient dans l’embarras les soldats qui, ainsi, les laisseront finalement arriver à destination ; d’ailleurs ils n’y allaient que pour une simple et juste réclamation, relevant d’un devoir humanitaire… et les soldats après tout sont des humains, pensaient-ils !.
Le massacre des vieux de TIGUENATINE en révolte contre la famine imposée par les soldats français
Ce jour « J » les militaires scrutaient à l’aide de jumelles, à partir de TIFRIT, tous les sentiers reliant les deux villages ; ils se tenaient sur le qui-vive. Et au premier détour de la piste principale qui monte vers la fontaine des singes ( Amanchar Averkhane ), soit tout juste au dessus du stade actuel d’Alma Tvoudha de TIGUENATINE, ils aperçurent une procession d’une quinzaine dizaine d’ânes et de mulets transportant des vieux, craintifs c’est vrai, mais ne s’attendaient nullement à une issue fatale ; tout au plus ils pensaient être fait prisonniers pour un ou deux jours puis relâcher.
Et la machine répressive des soldats se mit en branle ; on appela par radio, comme convenu auparavant, l’avion dont le pilote se tenait prêt à décoller de la base toute proche de Berger VACHON, à l’ouest de PORT GUEYDON. Moins de cinq minutes après l’appel, l’avion chasseur était déjà sur place, et sans hésiter un seul instant, il piqua droit vers les vieux à l'endroit dont les coordonnées lui ont été minutieusement communiquées. Sans aucune pitié, on fit d’abord tirer quelques roquettes de loin sur le tas qui furent meurtrières, et ensuite on attaqua, de plus près à la mitrailleuse, les malheureux rescapés, dont certains gravement blessés, qui, vu leurs âges très avancés, n’arrivaient même pas à se relever ou à faire quelques pas pour se cacher dans les buissons ou se mettre à l’abri sous les arbres au bord de la route. L’anéantissement fut presque total.
Il y eut plus d’une dizaine de morts dont le sacrifice provoqua les jours suivants la reprise pour quelques temps du rationnement alimentaire de la population. Ces vieux que Dieux ait leurs âmes tombèrent honorablement ainsi en martyres pour que leurs familles vivent dignement.
L’école au village
Les Instructeurs civils volontaires dans le cadre du plan de scolarisation de l’Algérie, affectés au village effectuèrent leur noble métier avec amour et un total engagement. Ils donnèrent un enseignement accéléré de qualité et nouèrent des relations amicales avec les jeunes écoliers qui s’y sentaient bien dans leur école. Les parents à leur tour appréciaient qu’on s’occupe enfin de l’avenir de leurs enfants. Militairement, le sergent commandant du poste avancé de TIGROURINE – EL KRAR - une annexe au poste principal de TIGUENATINE - de son côté essayait de se rendre agréable auprès de la population. Monsieur « Z’oiseau », comme on l’appelait tous au village, distribuait des sourires à tout va ; il s’ inquiétait des petits problèmes rencontrés ici et là, il s’occupait des malades qu’ils transportait parfois par ses propres moyens au centre de santé, situé au village voisin de TIGUENATINE, il distribuait souvent des cadeaux aux jeunes enfants (gâteaux, chocolat…) qui s’amusaient à l’aborder en tous lieux à tout moment. Il organisa à l’occasion de la fête du 14 juillet des jeux publics mémorables qui plurent à tous les villageois des deux villages groupés d’EL KRAR et TIGROURINE, rassemblés à cette occasion à la place commune de « Lemaansra » ; quelques jeunes privilégiés y gagnèrent même quelques sous qui furent donnés joyeusement à leur famille qui les utilisera à l’achat de quelque chose à manger.
Les enfants, nouèrent des relations amicales et établirent même des liens d’ordre « commercial » avec les soldats, parmi lesquels ils s’étonnaient de découvrir certains kabyles et arabes avec lesquels ils arrivaient à se faire comprendre. En hiver, ils ramassaient des escargots qu’ils échangeaient joyeusement avec les soldats en tablettes de chocolat ou morceaux de gâteaux. Souvent, ils assistaient ces derniers durant leurs moments de pêche à la grenouille à l’aide de ligne à pêche dans la rivière, l’actuel Ighzer Amokrane, qui traverse le village. Comme appât apprécié des grenouilles, on y attachait un morceau de tissu de couleur rouge. En ces temps là, l’eau des ruisseaux et rivières était toujours limpide, on en buvait sans appréhension car on en rejetait jamais rien dedans.
La mise en scène du sergent « Z’oiseau »
Un certain jour, le sergent Z’oiseau s’opposa et barra l'accès aux paras, débarqués par hélicoptères, qui voulaient entrer au village pour commettre comme d’habitude leurs crimes. Les villageois le remercièrent sincèrement. Malheureusement, ce n’était finalement qu’un scénario digne des plus grandes comédies car, quelques temps après, il fut trahi par certains de ses actes qui, en fin de compte, dévoilèrent toute sa haine envers l’Algérien d’origine en général et plus particulièrement envers ceux des Algériens qui combattaient légitimement pour la libération de leur pays colonisé injustement. Il utilisait abusivement et impitoyablement les villageois pour assurer des travaux forcés au profit des soldats. On en considérait cela comme normal eu égard au statut des villageois, considérés comme prisonniers et otages de la guerre.
Il fut l’auteur instigateur principal des assassinats de jeunes maquisards qui ne représentaient aucun danger pour lui et ses soldats. La mort de ces derniers ne lui suffisait pas, il a fallu qu’il la fasse suivre de pratiques que la morale réprouve …et qui mettent à nu ses sentiments faits de haine, sadisme, cruauté… qui expliquent bien l’horrible geste suivant : Il a été jusqu'à ligoter le corps d’un maquisard, abattu en pleine nuit au village, au pied de son propre mulet, qu’il lâcha durant toute la nuit devant la porte de la caserne et attendit qui s’y présenterait le premier pour le récupérer.
COUVRE FEU et NUITS DE CRIMES AU VILLAGE
Les nuits des crimes au village, les habitants entendaient les coups de feu, puis le vas et vient incessant des soldats. Ils devinaient ce qui se passait réellement car les rires des soldats en disaient long, mais personne n’osait sortir et enfreindre le couvre feu imposé dès la tombé de la nuit jusqu’au lever du soleil. Celui qui le ferait courrait inévitablement à sa perte. Au matin, les enfants habitants au voisinage de la caserne seront les premiers qui s’approcheront du corps et iront ensuite annoncer la mauvaise nouvelle aux adultes. Ces derniers évitaient de s’en approcher sans la permission des soldats au risque d’être considéré comme complices et subir les terribles conséquences qui pourraient facilement se terminer par des tortures, un emprisonnement, ou une exécution pure et simple.
Malgré les barbelés minés, édifiés pour couper leur contact avec la population du village, les maquisards arrivaient souvent à pénétrer en pleine nuit au village pour se ravitailler discrètement auprès de la population avec laquelle ils avaient leurs contacts secrets.
La mort de Mohamed SLIMANE, un père de famille nombreuse
Durant une chaude nuit d’été, un Maquisard, père de famille, en mission aux alentours du village ne résista pas à l’envie de rendre visite aux siens. Un soir, des militaires Français, en embuscade de nuit à l'intérieur du village de TIGROURINE, l’attendaient impatiemment pour abattre d'une rafale à bout portant, à peine à trois mètres de lui. Il s’agissait de Mohamed SLIMANE, âgé de 35 ans et père de quatre enfants en bas âge. Il était estimé de tous ses compagnons Maquisards, âgés pour la plus part de moins de 20 ans, qui le respectaient beaucoup et le considéraient comme un vrai père pour eux. Par ailleurs, ils connaissaient tous sa triste situation vécue douloureusement auparavant avant de rejoindre les rangs des Maquisards. Les soldats le torturèrent en maintes occasions parce qu’il leur tenait souvent tête et finirent même par l’emprisonner durant un mois à la sinistre prison militaire du 6 ème HUSSARD de YAKOURENE .
A sa sortie de prison, les persécutions sur sa personne continuèrent sans raisons malgré son statut de père de famille nombreuse. Il découvrit que sa famille avait été expulsée de sa maison, située stratégiquement sur les hauteurs du village, qu’ils transformèrent en poste militaire. Il n’hésita pas un instant pour rejoindre les rangs des maquisards combattants qui activaient dans les maquis, situés autour du village. Il participa à quelques faits d’armes où il s’était montré courageux mais malheureusement pas pour longtemps car le destin le rattrapa vite en ce jour fatidique du 14 juin 1960, soit tout juste un mois après sa sortie de prison.
Voici le témoignage, rapporté le 14 juin 2007, soit 48 ans après les faits, avec une meilleure exactitude, par Ali le propre fils du Chahid Mohamed, âgé de trois ans en cette année là.
Ali rajoute dans un autre message ...
Said dit « Massine » était présent la nuit du 14 juin 1960 en compagnie également de Amar ZAID, Mohamed MEGHNEZ dit « Moh Ouali » le frère aîné d’Amar MEGHNEZ, ce jeune Chahid déchiqueté en 1962 à Thala Bahriq par une bombe abandonnée intentionnellement par les soldats à leur retrait à la fin de l’été 1961 du village pour rejoindre définitivement la caserne principale de TIFRIT. Il y avait aussi, Ahmed TACINE et le chahid Mhend CHAOU. C’était un groupe de six moudjahiddines et non de cinq comme je l’ai rapporté la dernière fois. Ayant attendu vainement en bas du village le retour de leur compagnon Mohamed, après les rafales de mitraillettes qui déchirèrent le silence de cette nuit fatidique à l’intérieur du village où il se trouvait en mission avec Mhend, les maquisards craignant d’être repéré à la faveur de la lumière de l’aurore, ont décidé de s’ éloigner des alentours du village pour rejoindre au plus bas de la vallée leur refuge dans la dense forêt de Thakharat.
La dense forêt de Thakharat est une sécurisante zone favorite de repli, située au bord de l’oued Youcef (Assif n’Ait Flik) à quelques deux kilomètres en dessous du village sur le chemin menant aux villages d’IVDHASSEN – IAZOUZEN, perchés en hauteur sur le flanc du mont AFROUN (+700m) qui fait face aux villages d’AIT FLIK, eux, situés sur le versant Est du mont Tamgout. Cette zone possède de nombreuses caches souterraines (casemates) aménagées secrètement quelques années auparavant pour servir de lieu de stockage de provisions, de repos ou d’abri d’urgence aux maquisards. Par ailleurs, à l’orée de celle-ci, caché des regards par la végétation, on pouvait facilement surveiller le village, niché sur une pente, et le mouvement des soldats…
Finalement ce n’est que le lendemain matin que la confirmation officielle de la mort de leur compagnon leur est parvenue du village. La nouvelle de la mort de Mohamed fit rapidement le tour des maquis de TIGRINE et de l’AKFADOU, une région densément boisée située sur des chaînes de montagnes aux cimes visibles de TIGROURINE même, et parvint à la connaissance de ses nombreux amis, concitoyens Moudjahiddines qui s’y trouvaient comme volontaires enrôlés dans les effectifs réguliers de l’ALN - wilaya 3 – Kabylie commandés par le colonel AMIROUCHE. Ils furent profondément attristés et envahis par un immense besoin de vengeance. Ils se consultèrent longuement avec la permission, accompagnée de conseils et recommandations de leurs responsables concernés, échangèrent leurs avis et finalement décidèrent à l’unisson de la constitution d’un groupe de Moudjahiddines volontaires pour une mission de représailles contre les soldats Français du campement militaire de TIGROURINE – EL KRAR.
Le scénario de la vengeance d’un ami
Le soir du 14 juin 1960 un groupe de cinq moudjahiddines se préparaient à quitter leur refuge de la foret de « thakarate » pour rentrer au village afin de se ravitailler en denrées alimentaires collectées par les villageois. Ce soir là, d’après le témoignage des membres du groupe encore en vie, le « climat » était lourd et personne à part le chef du groupe ne voulait renter au village. Il y avait quelque chose qui n’allait pas, ce n’était pas comme d’habitude, il fallait reporter l’opération. Mais M.S était d’un autre avis : il faut rentrer au village comme promis, il ne faut pas s’inquiéter tout ira bien leur, dira-il. Le groupe se mis alors en marche, il était environ 22 heures quand les cinq hommes arrivent au lieu dit « mamoune » ; là aussi, l’idée de rebrousser chemin n’a pas été acceptée.
Arrivés au bas du village un membre du groupe est désigné pour faire la garde au lieu dit « ighzer amokrane », à l’entrée Est du village, un deuxième garde devait lui, se poster à l’intérieure de « el Djemaa bwada », situé à l’extrémité Est du village, le troisième garde quant à lui à pris place à l’entrée de el Djemaa oufella au centre du village, situé juste en dessus, à quelques trente mètres, de Djamaa Bwada. Les deux autres membres du groupe devaient se rapprocher de la maison prévue pour le ravitaillement.
Adossés au mur de la maison de « Ali ou M’hend », la maison qui se trouve derrière El djamaa Oufela, Il faisait très noir ; CHAOU M’hend qui était derrière Mohamed SLIMANE a remarqué une silhouette bizarre juste devant, et Mohamed lui dit que c’était juste une selle laissée devant la porte. En essayant d’avancer encore d’un pas, une rafale de mitraillette lui cribla tout son corps ; il était 23 heures. Mohamed Slimane avait 35ans et était père de quatre enfants en bas âge.
Jean Broisat, chef de la SAS de TIFRIT, s’était déplacée le lendemain à TIGROURINE pour déclarer officiellement la mort de Mohamed Slimane lors d’une embuscade tendue par l'armée Française juste devant le lieu prévu pour le ravitaillement. M’hend CHAOU tombait lui aussi deux mois après, au champ d’honneur au lieu dit « thafouriste ». Gloire à nos martyres. le 14/06/2007 / SLIMANE Ali
Ces derniers, sont responsables direct de la mort de leur compagnon et également auteurs de la lâche décision d’ interdiction de cueillette des figues, au point d’avoir affamé la population, totalement réduite à leur merci. Ils méritaient plus que jamais de recevoir une bonne leçon qui ramèneraient les autres à des sentiments plus humains envers les civils innocents. Quelques temps après cette douloureuse perte de leur compagnon, le groupe de Moudjahiddines de l’ALN dirigés par Amar dit « Baghache», un djoundi expérimenté originaire du village de TIGUENATINE et dont la famille résidait, à cette période là, à TIGROURINE dans la maison de son oncle El hadj « Ouvedar » avait alors décidé, en signe de vengeance de leur compagnon, d’occuper secrètement durant trois nuits consécutives, tout le village de TIGROURINE, guettant ainsi la moindre intrusion des soldats de l’armée Française.
Craignant une riposte des Moudjahiddines, les soldats restèrent cloîtrés dans leur caserne et ne s’aventurèrent à aucun moment à l’intérieur du village durant la nuit. Et finalement au bout de la troisième nuit les moudjahiddines, reprenant leur calme et craignant pour la population du village, dont justement beaucoup parmi les respectables vieux et vieilles les suppléaient de s’en aller afin de leur faire éviter les inévitables représailles, ont finalement pris la sage décision de se retirer et de retourner au maquis.
L’embuscade à la fontaine d’EL KRAR
Après trois nuits consécutives passées dans le village à attendre en vain les soldats, pourtant habitués à des rondes de nuit, les Moudjahiddines et Maquisards, déçus de n’avoir vengé leur ami, le regretté Mohamed, exécuté au village le 14 juin 1960, prirent finalement la décision de retourner respectivement dans leurs campements du maquis de la wilaya 3 dans le djebel BOUNAAMANE et aux alentours du village. Cependant parmi eux, il y avait un « maquisard » qui n’était pas du tout satisfait de cette tournure des évènements, car il voulait à tout prix la confrontation direct avec les soldats. Il s’était mis dans sa tête qu’à la moindre occasion lors de sa prochaine mission dans les parages des villages d’AIT FLIK, malgré les consignes de ses supérieurs, il s’en expliquerait avec ses soldats trop surs d’eux au milieu de la population. En fait ce que voulait réellement Amar, le courageux Tiguenatinois qui ignorait ce que signifiait le mot peur, c’est de récupérer une mitraillette sur les soldats pour remplacer celle qui leur a été prise par l’un de leurs compagnons maquisards qui se rallia à l’armée Française. En voici les faits exacts.
Le ralliement à l'armée Française d’un Maquisard
Un jour des Maquisards d’AIT FLIK reçurent de la part d’un autre groupe de maquisards, établi à leur proximité dans un autre maquis, la mission de leur garder provisoirement un de leur jeune maquisard qui devrait passer en jugement pour une faute commise quelques jours auparavant. Celui-ci, fut ainsi ramené au maquis d’AIT FLIK et gardé ans la cache, appelée « Abarak (la baraque) de « Thakherate », aménagée dans un énorme buisson au milieu d’une dense forêt à quelques deux kilomètres en dessous du village de TIGROURINE, soit juste à quelques dizaines de mètres du bord de l’oued Youssef (Assif) ou pour plus de précision à une dizaine de kilomètres en amont au Sud de l’embouchure de la plage de Sidi Khelifa de PORT GUEYDON.
Par la manière correcte dont il fut traité aussi bien par ses compagnons que chez les maquisards d’AIT FLIK rien n’indiquait qu’il ait fait une grave faute qui nécessiterait un châtiment exemplaire ; c’était un simple cas disciplinaire qui allait se terminer tout au plus par un avertissement. En attendant son jugement par un tribunal des Moudjahiddines, il était considéré au même titre que tous les autres maquisards. Il lui était même arrivé d’effectuer avec eux des missions de ravitaillement dans les villages proches. La confiance régnait totalement entre lui et tous les maquisards d’Ait Flik ; il sympathisa même avec l’un d’eux, au point de se voir souvent accorder la permission de manipuler son arme, une précieuse mitraillette récupéré lors d’un accrochage avec des soldats.
Et puis un jour, choisissant une occasion propice, il s’enfuite avec cette précieuse arme pour se rallier directement à la caserne toute proche de TIGUENATINE. La surprise fut totale chez les maquisards qui prirent sans tarder la décision de quitter pour toujours cette cache devenue un lieu à risque car connue à présent des soldats. Le malheureux maquisard, qui perdit ainsi sa précieuse mitraillette, prise par le prisonnier qu’il était censé gardé, allait à son tour être jugé pour ce gravissime acte de négligence. Il risquait gros, à moins qu’il n’arrive au plus vite à en récupérer une autre sur les soldats Français. AMAR trouva en cette occasion un prétexte inespéré de mettre enfin à exécution son désir d’attaquer les soldats et d’en récupérer une arme qui sauverait son camarade d’une sanction déshonorante. A l’insu de leurs camarades, ils manigancèrent un plan suivant lequel ils attaqueraient des soldats au village même.
La cible choisie dans sa tête, c’était ces soldats qui se rendaient fréquemment à petit groupe de deux ou trois personnes juste au devant de la porte d’ « El Insar Lakrar » (la fontaine publique) d’ EL KRAR, soit à moins de deux cents mètres de leur caserne de TIGROURINE, pour accompagner les femmes de ce dernier village qui s’y rendent, toujours en procession, pour s’approvisionner en eau. Elles sont toujours accompagnées à distance par des soldats qui surveillent et contrôlent tous leurs contacts en cours de route. El Hadj Rabah « Ouvedar », un attardé mental, trouvait du plaisir à assurer la protection de ses concitoyens, en faisant d’incessants aller et retour avec elles jusqu’à la fontaine « El Insar Leqrar » où elles s’approvisionnent en eau, à l’aide de cruches portées sur la tête. A cette époque, il n’ y avait pas de fontaine publique au village de TIGROURINE qui se trouve pratiquement rattaché au village d’EL KRAR car seule la largeur de la route les sépare.
La fontaine d’ EL KRAR (El insar Lakrar) est située sous un massif rocheux et boisé où il serait aisé d’évoluer sans être vu des soldats depuis leur caserne. C’est un endroit idéal pour une embuscade. Ainsi un certain jour d’été, notre héros, le Moudjahid, accompagné de son malheureux compagnon, les voilà très tôt le matin prenant discrètement position derrière la fontaine, caché derrière un mur. Armé d'un vieux fusil de chasse, ils attendaient un long moment quand ils virent s’approcher un soldat ; un soldat qui s’avérait être celui là même, le harki Arabe, qui a toujours été très correct avec la population et qui un jour avait épargné même la vie à un Maquisard, le Tigrourinois « Massine », surpris face à face lors d’un ratissage aux alentours du village. Nos deux maquisards, qui connaissaient de réputation ce soldat, se consultèrent un instant du regard, hésitèrent un moment, puis hochèrent la tête en se disant : allons y !
AMAR, le seul armé des deux maquisards, attendit que le soldat s’approche jusqu’à quelques mètres de sa cachette, soit juste au devant de la porte de la fontaine, avant de surgir soudainement de derrière et de tirer instantanément les deux balles contenus dans son fusil de chasse. Le soldat touché, tomba instantanément. AMAR allait se précipiter vers lui pour lui arracher la mitraillette quand soudain deux soldats qui se trouvaient en retrait au coin de la rue, surgirent et tirèrent sur lui. Touché, il eut le réflexe de reculer pour se retrouver derrière la fontaine. Il rechargea son arme et tira une balle de diversion pour faire arrêter les soldats dans leur progression vers lui et avoir ainsi le temps de prendre une bonne position.
Finalement il s’était retrouvé pris au piège et son compagnon, caché plus en retrait, sans arme en sa possession, ne pouvait lui être d’aucun secours. La topographie du lieu en pente et rocheux s’y prêtait bien à une d’embuscade mais ne donnait pas de possibilité de retrait rapide et sans risque, de surcroît pour un seul homme. La mission d’AMAR était vraiment suicidaire et il ne l’ignorait pas ; apparemment il était venu un peu pour ça, pour se sacrifier et mourir dignement et glorieusement en Martyr.
Les soldats, qui reçurent un important renfort de la caserne toute proche, l’encerclèrent totalement en ne lui laissant aucune possibilité de fuite et commencèrent à resserrer l’étau sur lui. Il épuisa ses deux précieuses balles, se releva et commençait à crier à haute voix « Allah akbar » et priait en récitant la « Chahada » quant il tomba sur place abattu à bout pourtant par les soldats. Ces derniers pensaient qu’il était seul et ne daignèrent pas passer tous les lieux au crible, ce qui sauva son compagnon, resté en cachette jusqu’à la nuit pour repartir au maquis. Rassemblement de la population
Dans l’heure qui suivit, toute la population des trois villages groupés, soit TIGUENATINE, EL KRAR et TIGROURINE, fut rassemblée en sa totalité avec la présence obligatoire des vieux, des vieilles, des enfants et des nourrissons à «Lemnadha », un terrain nu, situé à l’équidistance des trois villages concernés. On prit soin de ne laisser personne aux villages pour permettre à un groupe de soldats d’aller fouiller les maisons afin de saccager les aliments, décimer quelques têtes de bétails et prendre pour ne pas dire voler tout qu’ils considéreraient de valeur (ils étaient surtout friands des bijoux en argent, la seule richesse matérielle possédée par certaines femmes…)… Au milieu du terrain de « Lemnadha », les soldats avaient placé le corps sans vie d’ Amar le Tiguenatinois sur un lit de camps qu’ils ont pris soin de surélever d’un côté par deux longs morceaux en bois de façon à lui donner la position de presque debout et être à la portée de la vue de tous. Il portait son uniforme de Moudjahid de l’ALN maculée de sang, sa casquette sur sa tête et son fusil sans munitions qu’on mit à côté de lui.
Exhibé fièrement ainsi, les soldats à leur tête leurs hauts responsables, plantés fièrement avec désinvolture devant le corps inerte, obligeaient tous les habitants craintifs, qui arrivaient de toutes les directions par petits groupes, de s’approcher au plus près pour bien le voir et acquiescer obligatoirement qu’ils le reconnaissaient bien. Les enfants flanqués aux basques de leurs maman, tremblant de peur, comme je m’en souviens bien pour moi-même, âgé d’à peine quelques années (cette image je la garderai jusqu’à la fin de ma vie), y sont obligés eux aussi de passer au supplice, de façon à garder bien ancrer dans leurs esprits que le « Fellaga » de l’ALN, comme celui-ci, avec son arme dérisoire, est impuissant et n’a aucune chance devant le soldat Français superpuissant.
Puis ce fut l'interminable discours d’usage durant lequel ils s’étalaient longuement avec insistance sur leur puissance, sur leur civilisation émancipée, sur la cause perdue des « Fellagas », le terme utilisé avec mépris pour désigner les Moudjahiddines - combattants de l’ALN ….. A la fin, ils sélectionnent dans le tas quelques hommes, des vieux pour la plus part, qu’Ils humilient publiquement devant femmes et enfants par des insultes et bastonnades en règle. Les plus jeunes, ils les laisseront à la fin pour un traitement spécial dans la caserne d’où certains disparaîtront pour toujours et les autres en ressortiront humiliés et portant des séquelles qu’ils garderont durant toute leur vie.
Said BEDAD le miraculé
après ce douloureux évènement, Said “Massine” fut envoyé en mission dans le maquis de la wilaya 3 où il échappa héroïquement à la mort. En effet, alors qu’il se cachait avec son compagnon dans une casemate, près du village ATH OUANOUCHE dans la région de TIZI OUZOU, l’armée coloniale ayant eu connaissance de renseignements précis sur la présence de nombreux Moudjahiddines dans les parages a procédé à l’encerclement de tous les alentours. Les militaires avançaient en scrutant minutieusement le terrain rocheux, accidenté et fortement boisé de brouissailles. Ils fouillaient minutieusement les bosquets quand l’un d’eux, en retrait sur ses camarades, découvre un endroit suspect, s’en approcha, souleva une branche qui se trouvait entre deux rochers, puis se pencha pour regarder à travers la crevasse qui s’avéra être une grande caverne utilisée comme casemate.
Le soldat fut surpris d’y apercevoir un Maquisard (SAID), s’apprêtant à sortir, et qui tenait dans sa main une grenade dégoupillée prête à être lancée. Il prit peur, cria à forte voix « Attention, à la grenade… » tout en se jetant brusquement en arrière dans un fossé et en tirant aveuglement une rafale qui rasa de très près SAID. Tous les autres soldats dans un sursaut salutaire fuirent le plus loin possible pour se jeter à terre qui, dans un buisson, un fossé, un trou… en se plaquant ventre contre terre, les mains portées machinalement, dans un geste de protection, sur leurs têtes et attendaient l’explosion de la grenade qui avait été entre-temps lancée dehors.
Profitant de cette panique indescriptible, nos deux Moudjahiddines sortirent précipitamment de leur « trou » et prirent une direction opposée à celle où se jeta le soldat. Ils commencèrent à dégringoler la pente, qui donnait sur un petit ruisseau aux rives parsemées de lauriers roses, de cactus et d’autres arbustes, quand l’explosion assourdissante de la grenade retentit. Quelques secondes s’écoulèrent, puis les militaires, rassurés qu’il n’y avait que cette seule grenade comme danger, se relevèrent et coururent dans tous les sens. Celui qui était le plus proche de la casemate courra vers le bord de la crevasse d’où s’étaient lancés les deux fugitifs et tira aveuglement dans leur direction. Ils s’étaient déjà engouffrés dans une zone boisée, hors de la vue des soldats, mais une balle avait quand même atteint la cuisse droite de SAID qui, malgré sa blessure, continua sa course le long du ruisseau en s’abritant derrière la dense végétation. Après avoir couru longtemps, environ une heure, ils rencontrèrent sur leur chemin un berger, avéré être un « soutien » maquisard, qui les conduisit immédiatement vers un refuge de Moudjahiddine où ils furent totalement pris en charge jusqu’à la guérison totale de la blessure de SAID.
Ce dernier après avoir totalement récupéré, à repris le combat et connu d’autres aventures guerrières pendant lesquelles il verra des soldats français et des compagnons s’écrouler, d’autres blessés… Lui-même échappera encore miraculeusement plusieurs fois à une mort certaine comme en ce jour ou en rodant aux alentours du village avant le crépuscule du soir, c’était son habitude, il se retrouva nez à nez avec un soldat harki légèrement en retrait par rapport à ses compagnons qui ratissaient par là. SAID paralysé de peur, arme dirigée d’une main tremblante vers le soldat, évitait d’esquisser le moindre geste qui lui serait fatal. Il fixait durant un laps de temps, qui lui parut une éternité, les yeux du Harki qui, de son côté, fit machinalement semblant de n’avoir rien vu et détourna rapidement ses yeux, puis il s’empressa de s’éloigner en lançant à ses compagnons : « Ici, tout va bien ».
Le lendemain ce harki, jouant apparemment sur les deux fronts, s’approcha des vieux du village pour leur dire d’avertir ce « trop téméraire mais non moins inconscient « maquisard » de faire plus attention à lui. C’était suite à cette mésaventure que le jeune SAID, âgé de dix huit ans à peine, devint plus « calculateur » et prudent dans sa démarche et ne tarda pas à prendre définitivement la décision de rejoindre les effectifs réguliers de l’ALN installés au djebel BOUNAAMANE derrière la montagne qui fait face au village.
Cette histoire authentique montre le courage des hommes dans le seul objectif était le sacrifice pour que l’Algérie soit un pays libre et indépendant. « Ammi » Said, à qui on souhaite une longue vie, est à ce jour actif en participant aux travaux communautaires au village . En parlant du bouleversement actuel du pays il en a les larmes aux yeux. Slimane Ali / Sedoud Mhand le 13/07
Préparation de galettes aux Maquisards et Moudjahiddines
Parfois les maquisards ravitailleurs viennent récupérer la marchandise pour la faire parvenir de nuit dans les PC de l’ A L N. D’autres fois, des consignes sont données aux familles, pour préparer avec la part de semoule distribuée auparavant à chacune d’elle, des galettes cuites que les maquisards viendront récupérer de nuit. Un certain jour, les agents informateurs (Moussebillines) reçoivent de la part des maquisards l’ordre de préparer un grand lot de galettes. Chaque famille du village de TIGROURINE avait reçu secrètement sa part de semoule pour préparer les galettes nécessaires. Le jour de la cuisson des galettes, l’odeur de semoule grillée se sentait au loin au point de parvenir jusqu’à la caserne, située en haut du village, et d’attirer les soupçons des soldats. Ces derniers savaient bien que la population était totalement démunie de tout et que personne au village ne pouvait normalement posséder le moindre gramme de semoule du fait de la suspension de la distribution des rations alimentaires (seul moyen légal d’obtenir auparavant de quoi manger) décidée par eux même depuis quelques mois.
Les soldats laissèrent faire et attendaient la nuit. A cette époque, au village on y survivait que difficilement en mangeant de l’herbe, des racines et des tubercules qu’on se disputait aux animaux lors des très espacées permissions de se rendre aux champs. Le fameux « avekouk », une tubercule enterrée, de couleur blanche ressemblant beaucoup à la pomme de terre, très appréciée des sangliers mais ô combien « suffocante », difficile à avaler, et même toxique, en cas de cuisson insuffisante ou d’abus pour l’être humain.
La mort de Hidouche MEGHNEZ
C’est vrai que dans ces villages isolés de la kabylie, il n’ y avait pas de témoins ( ni journalistes, ni media, ni observateurs internationaux…) qui auraient empêcher cette ignoble et lâche méthode de faire la guerre en affamant la population… Bref, durant toute cette journée, les soldats ont feint d’ignorer ce qui se passait au village mais ont bien un plan en tête qu’ils appliqueront au moment le plus opportun. Au commencement du crépuscule ( la limite du couvre feu imposé à la population), les soldats prirent secrètement position dans les endroits stratégiques de tout le village. Ils prirent au dépourvu les « agents » de renseignements qui se retrouvèrent bloqués dans leur domicile, donc dans l’impossibilité d’avertir les maquisards en allant à leur rencontre ni de leur laisser dans les endroits indiqués le signe qui les aurait averti de ce que tramaient les soldats et de ce fait ne rentreraient pas au village.
La nuit venue, un maquisard connaissant bien les lieux et laissant en retrait ses compagnons de route, rentre précautionneusement au village pour récupérer au lieu indiqué les provisions. Sans s’attarder, il reprit le même chemin du retour, mais malheureusement n’avait il pas fait quelques pas hors du village, qu’ une rafale de mitraillette l’abattit à bout pourtant.
Il s’agissait du jeune HIDOUCHE que les militaires Français, en embuscade, pouvait facilement prendre comme prisonnier mais l’ont préféré mort pour finalement retrouver sur lui comme butin de guerre un sac de semoule rempli de galettes. Les soldats ne risquaient pas de trouver sur lui une arme, ils le savaient bien car pour ce genre de missions à l’intérieur des villages les Maquisards évitaient de se faire prendre avec des armes. Ces derniers savent déjà que, pour le simple fait de leur donner des provisions alimentaires, les habitants pris, soupçonnés ou dénoncés anonymement risquaient gros. Une telle situation conduira inévitablement à la torture suivie d’un emprisonnement à YAKOURENE ou à une exécution pure et simple.
Les soldats fouillèrent le corps sans vie du jeune HIDOUCHE sur lequel ils ne trouvèrent absolument rien puis l’abandonnèrent sur place et prirent les galettes de pain (butin très précieux en ces temps de famine) qu’ils étalèrent et laissèrent sur le bord de la terrasse qui fait office de cour de Djemaa Bwada, le lieu habituel de prière et de rencontre des villageois. Elles furent posées de façon à être bien visibles des passants qui empruntent cette rue principale qui coupe longitudinalement le village en deux. Les soldats connaissaient parfaitement, pour en être les responsables directs, l’état de dénuement total des villageois et croyaient naïvement que ces derniers, en particulier les enfants et les vieilles femmes, tenaillés par la faim et ayant oublié jusqu’au goût du pain, se « rueraient » sur ces galettes. Mais c’était méconnaître l’esprit de sacrifice des villageois qui s’étaient donné le mot pour que personne n’y toucherait.
Le chantage des villageois par le pain
les habitants évitèrent au maximum, sauf pour les prières, Djemaa Bada et l’interdirent totalement aux enfants affamés pour leur éviter de s’exposer à la tentation de toucher aux galettes. Finalement ces galettes furent mangées par des animaux domestiques de passage par le lieu. Les soldats n’en tirèrent pas pour autant une leçon qui les aurait amené par humanisme à reprendre le rationnement des provisions alimentaires. Ils démontrèrent qu’ils étaient dépourvus de tous sens humanitaire. Au contraire, ils trouvèrent cela comme prétexte pour faire comprendre aux villageois que la reprise des rations alimentaires ne sera pas pour bientôt et qu’ils doivent en souffrir encore.
Les villageois des AIT FLIK ont connu des périodes de grande famine plus au moins longue cependant ils n’avaient jamais pour autant acceptés leur sort, c'est-à-dire celui décidé par des soldats venus de milliers de kilomètres de là, qui eux, se permettaient de manger copieusement, bien souvent en usant des biens de villageois (sacrifice de bétail,volaille…).
Quelques années auparavant, il y eut cette révolte contre la faim qui se termina par le massacre de dix vieux du village de TIGUENATINE, ces soldats s’en rappellent sûrement mais s’en foutent éperdument que les gens meurent encore de la faim. Affamer la population rentrait dans leur stratégie militaire de faire la guerre de colonisation.
L’exhibition des dépouilles de Mhend CHAOU et Si SAID de TIGOUNATINE
Une nuit d'été, sous la lueur du clair de lune, un jeune Maquisard, originaire de TIGROURINE, Mhend, accompagné de son ami « Si SAID » de TIGUENATINE, sortait du maquis de la dense forêt de « Chaara » ou « Agheumadh », située sur une pente accidentée entre le village d’ AIT ALI OU ABDALLAH et l’oued de Sidi Khelifa dans le territoire des Ait Flik. Ils laissèrent leurs compagnons en sécurité en retrait au bord de l’oued et s’aventuraient en éclaireurs pour leur tracer le chemin le plus sécurisé vers le mont Tamgout, la destination qu’ils s’étaient fixés pour la mission de ce jour. Ils remontaient précautionneusement et tranquillement de l’oued en direction de l’Ouest sur un sentier en pente et parcoururent environ une distance de trois cent mètres en se faufilant à travers des figuiers.
Ils prirent alors confiance et firent une halte dans une des très renommées figueraies de Thafourist à quelques deux kilomètres au sud du village de TIGUENATINE. Il ne résistèrent pas à l’envie de s’arrêter sous un des nombreux figuiers pour cueillir et manger quelques figues succulentes quand soudain des rafales à bout pourtant les fauchèrent.
Des militaires Français en embuscade tuèrent ainsi froidement le jeune Mhend, le rescapé miraculeux de l’embuscade de Djamaa Oufela de TIGROURINE où fut abattu son compagnon Mohamed, deux mois auparavant en juin 1960. Son compagnon si SAID connut le même sort. Ils avaient bien des fusils de chasse en leur possession, qu’ils posèrent maladroitement au pied du figuier, et se trouvaient encerclés de près, loin de leurs compagnons et inconscients du danger qui les guettaient. La situation en cet instant était favorable aux soldats Français qui étaient nombreux, fortement armés et en position idéale pour pouvoir les faire facilement comme prisonniers, malheureusement ils préfèrent parfois les Maquisards comme morts pour exhiber fièrement leurs corps aux habitants qu’ils prendront soin de rassembler sadiquement, en totalité, grands et petits, dans un champs à la périphérie du village concerné.
Pour Mhand les habitants de son village de TIGROURINE s’étaient retrouvés tous, au matin du drame, à la place de « Tazemourte » à la sortie Sud du village pour accueillir sa dépouille que des hommes, choisis par les soldats, ont été ramener du sinistre lieu de l’assassinat en même temps que les habitants de TIGUENATINE qui ramenèrent la dépouille de « Si SAID ».
Les jeunes de cette époque qui assistèrent obligatoirement en compagnie de leurs familles, à cette macabre et douloureuse scène, n’ oublieront jamais ce sinistre jour fait de pleurs et gémissements des femmes et des enfants, ni ces arrogants et vaniteux soldats qui jouissaient sadiquement de leur souffrance en leur imposant, en plus, d’écouter leurs longs discours qu’ils savent pourtant n’ayant aucun « écho » auprès de cette population de TIGROURINE totalement acquise aux Moudjahiddines et Maquisards et ce, depuis le début de la guerre.
Le départ des soldats
Après deux années d'occupation du village, sentant le vent de l’histoire tourner en leur défaveur, les responsables militaires Français décidèrent de délocaliser leurs casernes des postes avancés des villages de TIGUENATINE et TIGROURINE - EL KRAR pour rejoindre leur base du 1/61e RAA de TIFRIT, en attendant la suite. C’était durant l’été 1961. Ce jour du déménagement des soldats a été vécu au village comme une première victoire, prémisse d’une indépendance inévitable et toute proche ; car à ALGER et à PARIS même, les manifestations grandioses des Algériens, sortis en masse dans la rue pour manifester leur désir de l’indépendance de l’ ALGERIE, avaient sonné le glas des colonisateurs. Les villageois adultes furent satisfait de ce retrait des soldats Français qui donnaient libre cour aux maquisards et Moudjahiddines de réoccuper presque ouvertement le village et d’entre voire une issue favorable de la guerre. Les jeunes enfants quand à eux, plus insouciants, étaient tristes de se voir de nouveau sans école et même de perdre définitivement leurs instructeurs avec lesquels ils sympathisèrent et apprirent beaucoup. Cependant, comme leurs parents et tous les autres adultes du village, ils exprimaient ouvertement le désir de retrouver leur liberté, débarrassés à jamais de la guerre et de ses dramatiques conséquences : la mort, la famine …
La mine qui emporta Amar MEGHNEZ en octobre 1961
Les soldats Français déminèrent le barrage de fils barbelés encerclant le village de TIGROURINE en laissant toutefois intentionnellement quelques mines dans le seul but de semer encore la mort après leur départ. Ils avaient tout le temps nécessaire pour les retirer en totalité mais l’instinct de faire du mal n’avait pas disparu encore chez leurs responsables, malgré cette période de leur politique de charme envers les villageois. Encore une fois, heureusement ce fut la dernière, le sergent « Z’oiseau » avait dévoilé au grand jour sa haine de l’ Algérien car même en partant il sema derrière lui la mort ; celle d’un innocent enfant de quatorze ans du nom de Amar, déchiqueté par l’éclatement de l’ une de ces mines antipersonnel abandonnée volontairement au village en partant.
Au départ des soldats, les jeunes enfants, essentiellement de la tranche d’âge de dix à 14 ans, ne tardèrent pas à répertorier les mines oubliées ( ?) par les soldats tout le long du barbelé entourant le village, à l’insu de leurs parents ; plus exactement de leurs mères et grand mères car souvent beaucoup de pères manquaient à l’appel au village en cette fin d’année 1961 ; ils sont, soit morts en chahid, ou se trouvant au maquis lointain ou en exil…
Les Moudjahiddines et Maquisards réapparus au grand jour au milieu des villageois tout en restant toujours prudents, prirent en charge le déminage des mines. Il leur était aisé de faire exploser les plus éloignées des habitations mais, concernant celles proches des habitations, donc présentant un danger aux villageois, ils en fallait faire appel à des spécialistes pour leur déminage. Ces derniers, malheureusement ne se trouvaient pas parmi eux ; pour se faire, on s’était retrouvé ainsi dans l’obligation de les ramener de loin en faisant appel à d’autres groupes de Moudjahiddines. Cette opération prenait ainsi beaucoup de temps ; il fallait aussi « travailler » tout en restant sur le qui vive pour faire face à un bouclage par les soldats qui se trouvent encore actifs malgré tout.
Les massacres de population en masse ne se faisait plus depuis quelques temps par les soldats mais leur aviation et leurs commandos héliportés restent une menace constante, aussi bien pour les Moudjahiddines que pour les populations à qui on ne pardonnerait pas d’apporter ouvertement de l’aide au Moudjahiddines. Ainsi la discrétion était toujours de mise.
L’attente du déminage s’éternisait et des recommandations strictes ont été données à tous pour qu’on ne s’approche pas de ces mines. Soudain, un jour où les démineurs n’étaient pas en besogne, aux environs de 15 heures de l’après midi, on entendit une forte explosion. Tout le monde avait compris la gravité de cette situation et priait Dieu que l'explosion ne concernait pas un de leurs habitants. Ceux qui se trouvaient en labeur aux champs accoururent vers le village, et ceux qui étaient au village se regroupèrent dans les places centrales du village à « Amenchar Essaid », « Djemaa Badaa »… ces derniers se questionnèrent pour situer l’endroit, se consultèrent et ensuite foncèrent à toute vitesse vers le lieu du sinistre. Cette assourdissante explosion à « Thala bahriq » : les sources servant de douches publiques, situées à cent mètres derrière « El Djamaa Baada », au-delà d’Ighzer Amokrane (la rivière du village), tua malheureusement sur le coup le jeune Amar MEGHNEZ.
Nous, jeunes enfants, et quelques adultes qui attendions au bord de la cour de Djamaa Bwada, surplombant la rue de deux mètres, détournâmes très vite nos regards de ce corps sanglant et affreusement déchiqueté de notre ami Amar qu’un groupe d’adultes transportait dans un drap en remontant la rue principale du village pour rejoindre la maison de Ali Muh Ou Mhand, le père d’Amar, située au centre du village juste derrière « El Djamaa Oufela ».
Le séjour d’AMAR à TIFRIT Amar était placé à TIFRIT dans une famille où Il passa quelques mois totalement en sécurité contrairement à ses jeunes compatriotes du village, restés à la merci des militaires qui en faisaient des ravages parmi eux et toute la population : n’est ce pas que durant son absence au village ses compatriotes et sa famille souffraient d’une terrible famine ? que son ami AKLI et d’autres avaient été exécutés impitoyablement ?
Dès le retrait des soldats Français de son village de TIGROURINE en été 1961, voyant l’accalmie revenue pour toujours, ses parents s’empressèrent de le ramener auprès d’eux. Amar fut enchanté de retrouver son village, sa famille et ses amis.
A « Amanchar Said », dans la placette appréciée des jeunes, on s’y retrouvait autour d’Amar pour l’écouter nous raconter des histoires sur sa vie passée à TIFRIT. Il était un bon conteur ; nous l’écoutions avec envie nous raconter, entre autres, sa connaissance des mines et son savoir faire dans le déminage des mines, appris en voyant faire des militaires à TIFRIT. Par pressentiment, connaissons le courage et la fougue d’Amar, nous craignions qu’ il tente de déminer l’une de ces mines laissées par les soldats à leur départ. On le mettait en garde.
En allant prendre une douche à « Thala Bahriq », aux sources aménagées en douches publiques, Amar s’était certainement trop approché de cette mine très apparente, placée à proximité de ces douches, où beaucoup de villageois évitaient de s’y rendre de peur d’une explosion qui ne tenait qu’à un très fin fil. Il suffisait d’un vent violent ou d’un animal qui s’y faufile à travers les barbelés pour que l’explosion se déclenche.
Amar aussi courageux soit il, n’était qu’un enfant qu’un responsable militaire de l’armée Française, en l’occurrence le sieur sergent « Z’oiseau », le responsable du poste avancé de TIGROURINE, avait tué par sa lâche décision de laisser ces mines au village. Amar fut la dernière victime de la guerre d’Algérie au village de TIGROURINE, qui eut à lui seul vingt quatre martyrs entre ceux exécuté(es) au village et ceux tombés au maquis à travers le vaste territoire Algérien.