l' Adieu à Mhand El Hadj Ouvedar d'Ait Flik et d'Azazga ...
Et la triste et douleureuse nouvelle est arrivée, tel un couperet, le matin du jeudi 17 août 2006... On venait de perdre l’un des hommes symboles de tout Ait Flik son lieu d’origine, plus précisément à Tigrourine, et également de tout Azazga son village d’adoption à partir de l’année 1959.
Il s’agissait de SEDOUD Mhamed, notoirement connu sous les pseudos de M’hand El Hadj Ouvedar pour les gens d’Ait flik surtout, et également identifié par M’hand « Adaabidh » par ceux d’Azazga. " Adaabidh" parce que c'est un mot qu'il prononce tout le temps.
Mhand a été retrouvé, sans vie, dans son lit au domicile de son frère feu Omar sur le chemin de Thala Oukouchah, prêt du pont du souk, face à la cité de Thadart, à Azazga. M’hand Ouvedar ou Adaabidh était un « avoudali » comme l’a si bien décrit le très respecté
cheikh Amar de Tiguenatine, lors de son oraison funèbre du vendredi 16 aout 206 au cimetière d’Ighil Ihouna à quelques dizaines de mètres(sur la photo prise à El krar (Ait Flik) en 1983, Mhand avec une chechia blanche en compagnie des jeunes tous souriants..) en dessous de la place de Tazemourte de Tigrourine son village natal.
A sa veillée funèbre au domicile familiale de Thalaoukouchah tout Azazga a défilé pour un dernier regard.
Il y avait une foule nombreuse parmi laquelle on y remarquait des dignitaires religieux, des notables, des médecins, des personnalités civiles et militaires ... et ses amis de chez Smail le menuisier d'Azazga que sont les avoudalis, les démunis... très apparemment affectés.
Le lendemain, sa dépouille a été déplacée d'Azazga à son village natal accompagnée d'une foule encore plus nombreuse. Au village de Tigrourine, on n' avait rarement vu un aussi grand nombre de citoyens ni autant de personnalités lors d'un enterrement.
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Recueillement sur la tombe de Mhand Ouvedar . 
Mhand ouvedar et son frère El hadj Rabah ne sillonneront plus jamais ensemble les rues, on ne verra plus leurs silhouettes si familières et oh, combien « décoratives » dans les rues de la ville d’Azazga qui les avaient adoptés depuis les années 1950.
Mhand repose pour toujours dans le cimetière de son village natal de Tigrourine à quelques 25 kms de là. A ses amis, en particulier à Smail qui cherche à se recueillir sur sa tombe, on leur dira que des liaisons par fourgons, taxis, bus, font quotidiennement la navette entre le village de Tigrourine à Ait Flik dans la commune d'Akerrou ( Tifrit) et Azazga.
Le cimetière se trouve juste à l’entrée du village (en face du seul café du village de la place de Tazemourte) à quelques trente mètres plus bas. Ici, il y aura toujours quelqu’un pour orienter ou accompagner les étrangers au village qui désirent se recueillir au cimetière. Que Mhand repose bien au Paradis !
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l' alitement d' El Hadj Rabah .
El hadj Rabah est très affecté par la disparition de son frère cadet Mhand pour lequel, il ne cesse de répéter : « eghma yemouth, yedjayid ouahdhi » ( mon frère est mort, il m’a laissé tout seul).
El Hadj Rabah est malade, il est depuis quelques mois dans son fauteuil roulant chez lui au domicile de son frère feu Omar à la rue de Thala Oukouchah à quelques cent mètres de Thikantart n’souk (sortie d’Azazga direction Yakouren).
El hadj Rabah, qui n' a jamais porté de chausure durant toute sa vie (presque 80 ans actuellement), souffre de ses pieds et ses jambes, il ne peut plus pour l'instant se déplacer,
il ne distribuera pas pour longtemps sa « poignet » de baraka dans les rues d’Azazga comme le lui demandaient continuellement les citoyens par " Al Hadj, afkaghid chitouh el varaka" et lui fait le geste d'en remettre avec sa poignet refermée sur sa "dose" de baraka, accompagné du sourire et du mot " akh aghma".
Il n'en donne pas systématiquement, parfois il garde le silence et continue sa route ou alors il prononce sa phrase préférée; « efagh aha « (sors, allez ). Il aimait la compagnie des gens qu’il portait en estime, il allait partout à Assif el hammam, à Cheurfa, à Sidi yahia, à Tifrit, à Ait Flik …
là, où il y avait une zerda ou fête religieuses à travers toute la wilaya de Tizi Ouzou, il s'y rendait. Malheureusement, il ne peut plus le faire maintenant, mais aime toujours la compagnie et les visites lui font beaucoup de plaisir.
La "baraka" d'El hadj Rabah est très recherché par tous, le titre de "Hadj" lui a été attribué communément suite au Hadji d'Azazga qui de retour de la Mecque (années 1970) jurait à tout le monde qu'il y avait "vu" Rabah Ouvedar" au milieu des pélerins qui d'après lui, portait sa gandoura, sa chéchia et marchait pieds nus comme depuis toujours. Qu' El Hadj Rabah se rétablisse vite, In challah !
La baraka de Rabah durant la guerre d'Algerie.
Malgré son apparence de malade psychique, donc irresponsable de ses actes, les paras de l'armée Française l'avaientt torturé atrocement durant de longues heures en compagnie d'autres habitants du village dont beaucoup sont âgés de moins de seize ans.
Une autre fois, il ne dut son salut qu'a sa baraka. En apercevant des paras surgir par surprise et ne comprenant aucun mot a leurs injonctions, comme "Arrête - toi ", il a pris peur et s'enfuit pour rentrer au domicile de ses parents dont la porte n'était qu'a une dizaine de mètres.
Les paras ont tiré sur lui plusieurs balles qui lui percèrent sa gandoura entre ses jambes sans le blesser heureusement.
C'est suite à ces incidents et craignant pour ses fils en réel danger que son père a été convaincu de les faire fuir de Tigrourine vers Azazga où habitait déjà son fils, le Chahid Belkacem, dans acquise à Azazga depuis le début des années 1950.
Ce dernier s'adonnait au transport de marchandises avec son camion qu'il utilisait également et secrètement pour le transport d'armes, de provisions et de personnes au compte de l'Armée de Libération Nationale (ALN). Il fût prit et arrêté par les militaires Français pour ne plus jamais réapparaître. Il mourût ainsi en chahid de la guerre d'Algerie et enterré quelque part en Algérie.
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La popularité de Mhand. Nous dirons que Mhand El Hadj Ouvedar est un Avoudali très spécial qui savait se faire
aimer partout où il passait au point de devenir le plus populaire de tous, seul son frère Hadj rabah le concurrence sur ce plan que, bien des notables, des personnalités et des riches, leur envieraient.
Destin oblige, Dieu avait choisi de "reprendre" pour toujours Mhand Ouvedar à l'age de 68 ans, pour qu'il rejoigne, pour toujours dans le même cimetière de Tigrourine, ses ancêtres, ses parents, son frère ainé Amar et son frère cadet Omar qu’il chérissait plus que tout autre et qu’il avait pleuré à vous fondre le cœur lorsque celui-ci décéda au mois de février 1989 en étant encore Maire en exercice de la commune d’Akerrou ( ex : Tifrit Nait El Hadj).
Justement ses neveux (fils de Omar) le lui rendent bien aujourd’hui en le pleurant à leur tour à " vous faire fondre le cœur ". Avoudali, c'est quelqu'un de
simple d'esprit, de naif... mais Mhand, lui, est très sensible, émotif, très respectueux des autres, propre... et sait très bien différencier entre le permis, l'interdit et le bon, le mauvais...et en plus, depuis la fin des années 1980 il est devenu profondément pieux et fréquentait assidument la Mosquée de Cheurfa où il a beaucoup d'amis.
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Le refuge des démunis chez Smail du carrefour de la poste
( Sur la photo 2006 prise chez/par les Aid, âmes charitables, dans leur menuiserie, refuge des pauvres, à Azazga, à gauche Mhand en compagnie de son frère Hadj Rabah)
Depuis quelques années, Mhand avait trouvé refuge chez Smail dans son atelier de menuiserie de la poste où il trouve de la chaleur humaine et du réconfort avec d’autres gens essentiellement des démunis qui viennent aussi pour se nourrir. Smail, le plus humble des humbles, se plait beaucoup a les rendre heureux en leur accordant toute son attention dans toutes les situations, même aux moments où il est pris par le travail.
Les habitués et les occasionnels d’un ou de quelques jours trouvent, ici, l’hospitalité nécessaire pour discuter, faire leur toilette, se reposer, se chauffer en hivers au poêle a charbon, alimenté à la sciure de bois de l'atelier, se nourrir inévitablement, se désaltérer de la soif, boire un café ...
Smail aime partager son repas avec les malheureux et les démunis qui ressortent de l’atelier toujours heureux et bien rassasiés. A quelques dizaines de mètres plus loin chez son frère aîné, on y trouve également et toujours de quoi manger.
Ces invités font quotidiennement et continuellement la navette entre les ateliers des deux frères de la rue de la poste où ils sont accueillis toujours avec le sourire; ici, on a compris depuis toujours le vrai sens à donner à la vie.
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La compagnie de Mhand Ouvedar est recherchée par tous, mais lui choisit ceux qui le respectent et le gâtent et détestent les mauvais plaisantins et les profiteurs; et oui, parfois des gens sans scrupules le dépouillait de l'argent que beaucoup lui donne, sans qu'il n'en fasse jamais la demande, et des boites de tabac à chiquer surtout aux temps des pénuries.
Entre, la chique et MhandOuvedar c'est toute une histoire.
Le seul calcul qu'il fait justement est relatif à la chique, Il en a toujours les deux poches pleines, l'une de boites vides pour ceux qui en abusaient de sa gentillesse et les profiteurs à qui il les exibent quand ils insistent pour qu'il leur donne une "refaa" ( une dose à mettre sous la lèvre), et l'autre contenant des boites pleines pour lui et quelques priviligiés.
Même aux temps forts des pénuries de tabac à chiquer, lui, il en avait toujours les poches pleines. Les marchands de tabac d'Azazga ne l'oubliaient jamais de lui réserver gratuitement son quota quand le tabac vient à manquer.
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Les affectations de Mhand
La spécialité de Mhand Ouvedar c’est comme à l’armée, il trouve du plaisir à affecter les gens en leur disant : « toit, tu vas au Sahara « ou toi, je t’enverrai pieds nus en hivers au mont Tamgout pour arracher de l’herbre » ou « adaabidh simen » ( tu vas charger du ciment sur le dos)….
il le fait toujours avec l'art et la manière avec sa mimique, sa gestuelle, son langage particulier et son sourire. Parfois, il se donne un air sérieux et grave. Il se tient en face, vous regarde d’un air grave et sérieux puis frappe un coup du plat du pied sur le sol dans un garde à vous exemplaire, il lève la main, pointe son doigt vers l’horizon et d’une haute voix, lâche : « vas, vas adaabidh, aya fais vite ».
D’autres fois, il le fait avec finesse, il se met en face, ouvre son sac de postier, pleins de stylos, de coupures de journaux, de photos, de cartes postales, des feuilles de papier blanc… qu’il porte constamment en bandoulière, tire un bout de papier et fait le geste d’écrire tout en murmurant des mots inintelligibles et remet « la décision » d’affectation, qu’il accompagne par ses mots, à la personne choisie parmi ceux qu’il aime taquiner.
A une certaine période, il le faisait aussi à distance. En rencontrant des amis du bled, il leur dit de dire à monsieur tel de se préparer pour « le ciment à charger sur son » ou à « aller au Sahara souffrir de chaleur »….
Il ne fait jamais cela avec des gens qu’il ne connaît pas ni avec ceux qu’il porte en estime. et plus tard quand il rencontre ces personnes convoquées, il n'oublie pas de leur dire " Ayane aghma, pourquoi tu n'as pas été pour ma convocation ...
La majorité des gens trouve ces scènes amusantes, ils en redemande mais il en existe des superstitieux qui trouve cela de mauvais goût et réagissent négativement, en s’énervant et faire ainsi le jeu de l’assistance qui trouve là une bonne occasion à l’hilarité, en le congédiant ou en quittant prestement les lieux.
Là où il passe les gens le hèlent inévitablement, l’invitent à s’installer en leur compagnie pour prendre un café, aller manger au restaurant ou faire un tour en voiture... Généralement ses affectations ne concernent pas ceux qu’il prenait en estime. Ce comportement n’est pas tout chez Mhand, il innovait souvent suivant les époques.
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Mhand Ouvedar et la JS Azazga .
Durant les années 1960 et début des années 1970, Mhand était la mascote du club de foot ball, la JS Azazga, de la génération des Mahfoud (Baarab), gardien de but de légende, issu de la Cité de "Thikentar n'souk" de Thadart, l'ainé des Sadmi, le demi à l'agilité et la souplesse élastiques dont Abdelhamid a suivi la trace pour devenir un grand joueur de la JSK et de l'équipe nationnale des années 1980, les Mahlal, Kaci Chaouh, Sihli...
Même son neveu T. A. était de cette génération avec laquelle il a fait une éphémère carrière à la JSA au poste d' arrière latéral gauche au début des années 1970. Avec ses tirs canons, sa vitesse, son gabarit, il était promu à un bel avenir dans le foot ball, mais que le destin en a décidé autrement suite à une méchante blessure contractée sur le terrain.
Toujours est il que Mhand se déplaçait fréquement avec l'équipe, il a été de tous les déplacements, à Blida, à Alger...