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florence beauge

  • 22- OURIDA MEDAD, la martyre de la bataille d'ALGER

    Catégories : 06- Portraits-Personnage

    42a9fa96be835cdf1caab4f7199fe069.jpgLa Chahida de la guerre d’ ALGERIE, Ourida MEDDAD

    Elle a été défenestrée par les paras tortionnaires à l’école SARROUY de SOUSTARA le jeudi 29 août 1957 à 23 h 00 à l’âge de seize (16) ans fut fille unique d’une famille dont le père est originaire de TIGOUNATINE, le village au 63 martyrs (15 à 20% de sa population de l’époque), du AARCH des AIT FLIK dans la commune d’ AKERROU de la daira d’ AZEFFOUN (ex. PORT GUEYDON) de la wilaya de TIZI OUZOU – ALGERIE.

    Parmi ces 63 martyrs (chouhadas) dont les noms sont portés sur la stèle du village de TIGOUNATINE, il y en a également des MEDAD, de jeunes civils impitoyablement exécutés sans aucune raison apparente sinon celle de s’être retrouver sur le chemin des paras débarquant au village.

    La famille d’ Ourida MEDAD résidait à ALGER.

    A sa mort, sa mère ne lui survécut que six mois avant d’être emportée par son immense chagrin. Son père exprima le souhait de voir le prénom de sa fille Ourida perpétué dans sa grande famille des MEDDAD ; il en fut ainsi dès la naissance de sa première nièce.

    Il ne tarda pas, miné également par le chagrin, à les rejoindre à son tour au cimetière d’EL KETAR à ALGER quelques années après.

    Ci-après, les circonstances de la mort d’ Ourida MEDDAD rapportée par différents témoins et écrivains-historiens.

    Les extraits de notre publication au blog TIGROURINE ont été essentiellement tirés du blog (Afriblog) de BOUSSELHAM Hamid, ex : Directeur de l’ex. journal hebdo satirique Algérien « EL MANCHAR » auteur du livre « Torturés par LEPEN ».

    Ce dernier blog, conçu finalement par un historien chercheur, spécialisé de la guerre d 'ALGERIE, contient de nombreux et importants récits sur la guerre d’ ALGERIE, en particulier sur les faits de la torture pratiquée à grande échelle en ALGERIE par les paras de l’Armée Française. Il est à conseiller à tous ceux ou celles qui désirent en connaître un peu plus sur la guerre d’ALGERIE 1954-1962.

    Au blog http://tigrourine.hautetfort.com/, on projetait de publier des récits sur les glorieux Chouhadas originaires de la région d’ AIT FLIK en particulier et d’ AZEFFOUN en général. On avait répertorié en premier lieu, ceux de la bataille d’ALGER, les plus connus comme BASTA Ali d’ AIT AISSA d’ AZEFFOUN, de BOUZRINA H’didouche d’ALMA HLAL et Ourida MEDAD de TIGOUNATINE de la commune d’ AKERROU (TIFRIT NAIT EL HADJ).

    Nos recherches allaient bon train... quand on découvrit ces récits sur la guerre d 'ALGERIE dans Afriblog d'où on tira ce témoignage assez complet sur la chahida Ourida MEDAD; qu’elle repose bien en paix au paradis!
    Nous comptons en faire de même pour les autres.

    Ourida MEDDAD, victime des tortionnaires Schmitt, Fleutiot et consorts.

    da0719aecda221650fa5d36ddb25a29a.jpg"Elle s'est défenestrée, elle s'est jetée par la fenêtre, elle s'est suicidée "

    Le parachutiste qui criait cette consigne en dévalant les sombres escaliers de l'école SARROUY dans le quartier de SOUSTARA, exécutait magistralement l'ordre de son lieutenant, Maurice SCHMITT alias "l'Intellectuel", qui deviendra général et chef d'état-major des armées françaises pour services rendus aux politiques en bafouant et la Déclaration des droits de l'homme et la Convention de Genève.

    Un tortionnaire. Aucun doute à ce propos. Des dizaines de rescapés l'attestent et le certifient avec une formelle conviction.

    f8a5cdc2ea61c15fb9e889ffda3a0850.jpg À l'entrée de la Casbah, l'école SAROUY (débaptisée au nom des martyrs les Frères ZOUBIR), bâtisse de la fin du XIXe siècle, de quatre étages, contiguë à l’école (cours complémentaire) de GAMBETTA est située dans le quartier de SOUSTARA à la limite de l’entrée à la CASBAH par la rue MEDEE.

    L'école a été réquisitionnée par la 10e DP (division parachutiste). Les salles de classes transformées en lieux d'interrogatoire. Ici également, rien n'indique que des patriotes algériens ont été torturés et ont trouvé la mort.

    Ourida MEDAD, seize ans, fille unique, lycéenne, est morte sous la torture.

    Son corps a été jeté du deuxième étage par ses tortionnaires pour faire croire à un suicide. Le Boulevard piétonnier en escalier (ex. Boulevard GAMBETTA) qui descend à partir de cette école vers le marché Ali AMAR ( ex. de la LYRE) a été baptisé en son nom tout comme l’école qui se trouve tout en bas et qui portait également le nom de GAMBETTA.

    Cependant on n’y mentionne aucune indication sur les circonstances de sa mort. Ici, ce 1c492b125069f95ff3fe13132fa084a9.jpgsont des milliers d'hommes et de femmes interpellés lors des grandes rafles de mai et juillet 1957 (1) qui y ont été emmenés pour subir " des interrogatoires poussés ", selon l'expression du général Massu.

    BIGEARD en fit son PC durant la bataille d'Alger.

    Dans cette même Casbah, plusieurs fois investie pour traquer les commandos du FLN, on torturait sur place les personnes interpellées, " pour ne pas perdre de temps ", comme au 5, impasse de la Grenade, où se cachait YACEF Saadi, chef du FLN. Car, pour le colonel BIGEARD, les 60 000 habitants de la Casbah étaient tous suspects

    Cette nuit-là du jeudi 29 août 1957, "l'Intellectuel" a fait preuve d'un machiavélisme extrême.

    Une jeune fille de 16 ans, militante de l'indépendance nationale, agent de liaison d'un important responsable de la Zone autonome d'Alger, arrêtée quelques jours auparavant, vient d'entrer pour la énième fois dans la salle de tortures où officient les lieutenants SCMITT, chef de la compagnie d'appui, et FLEUTIOT.

    Il est environ 23 heures, c'est la quatrième séance de tortures qu'elle subit depuis le début de la matinée. Gégène, baignoire, insultes…

    Fatiguée, éreintée, essorée, Ourida MEDAD résiste. Mieux que cela, elle se moque, elle se joue de ses tortionnaires. A chaque fois, elle les mène en barque faisant mine de céder. Eux jubilent croyant qu'ils vont arrêter leur cible.

    En vérité, Ourida cherche des moments de répit, une bouffée d'air pur. Alors elle fait mine d'accepter de les conduire au refuge du responsable politique de la Zone autonome d’ALGER (ZAA). Une fois sur les lieux, les parachutistes du 3e régiment de parachutistes coloniaux se rendent compte qu' Ourida, leur victime, se moque d'eux.

    Fous de rage, ivres de haine, ils la conduisent aux tortures.

    Pour la énième fois depuis sa récente arrestation due à la dénonciation d'un "bleu", c'est-à-dire un rallié. FLEUTIOT la précède de quelques pas et lance à l'adresse de SCHMITT: "L'oiseau s'est envolé". SCHMITT est excédé, touché dans sa vanité.

    Il ordonne une nouvelle séance de tortures.

    Ourida hurle, crie, crie, hurle … puis c'est le silence … SCHMITT fixe FLEUTIOT qui fixe un autre, un deuxième, puis un troisième parachutiste.

    Un Algérien, militant lui aussi, assiste à la scène.

    Des murmures, des chuchotements, puis l'un des parachutistes quitte la salle en criant "elle s'est défenestrée, elle s'est jetée par la fenêtre, …".

    Les Algériennes et Algériens détenus dans les autres salles, qui ont déjà subi les tortures, avalent la couleuvre même après l'indépendance. SCHMITT a réussi son coup. Un mensonge, bien concocté mais qui n'a pas résisté à la vérité grâce à des témoignages de rescapés.

    Qu'elle se soit "défenestrée" (hypothèse fort peu probable pour qui connaît Ourida la pieuse imprégnée par les valeurs de la religion qui interdisent le suicide) ou qu'elle ait été "défenestrée" par SCHMITT et ses complices, il est précisé par plusieurs témoins qu'une fois tombée dans la cour, Ourida MEDDAD n'est pas décédée sur le coup.

    Gémissements, hurlements, douleurs jusqu'à son agonie au crépuscule.

    Donc il s'agit là d'un cas flagrant de non-assistance à personne en danger. Pourquoi donc n'a-t-elle pas été dirigée vers un hôpital ? Ourida portait en elle, sur son visage, sur son cou, sur son ventre, sur ses jambes les stigmates des tortures ordonnées par SCHMITT et exécutées par FLEUTIOT et autres. Ses tortionnaires redoutaient l'effet boomerang de leurs ignobles agissements.

    Alors, il ne leur restait qu'à la laisser mourir et à faire accroire qu'elle s'était "défenestrée". Ses oncles, ses cousines, ses tantes qui l'attendaient à sa dernière demeure (la dépouille a été transférée sous bonne escorte directement de la morgue vers le cimetière d'El Kettar) ont bien constaté les hématomes, les traces de brûlures à la gégène sur différentes parties de son corps ; ils sont formels : Ourida ne pouvait plus résister aux tortures. C'était son sacrifice suprême. Gloire à l'héroïne. http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2005

    Dans la salle des supplices, Lyès HANNI croise un jour une autre jeune fille qu'il connaît. Elle s'appelle Ourida MEDDAD et a 16 ans. "Je sortais de la salle de torture. Elle y entrait. On l'avait mise nue. On a commencé à la passer à la gégène (groupe électrogène utilisé pour la torture) devant moi. Le lieutenant SCHMITT était là. Ensuite, on m'a fait sortir."

    Lyès est enfermé avec d'autres détenus dans une classe du rez-de-chaussée quand le corps d'Ourida MEDDAD se fracasse, un jour d'août, dans la cour de l'école SARROUY.


    L'adolescente s'est-elle suicidée ou l'a-t-on jetée par la fenêtre ?

    Les versions divergent. Ce qui est sûr, c'est qu'avant de chuter, elle était dans la salle de torture. "J'ai entendu l'un des tortionnaires descendre l'escalier à toute vitesse en criant : "La salope, elle s'est défenestrée !" J'ai retenu ce mot parce que c'était la première fois que je l'entendais", raconte-t-il...

    Un jour, alors qu'il se trouve au rez-de-chaussée, Mouloud ARBADJI entend le bruit d'une chute dans la cour. Le jeune garçon se précipite à la fenêtre. Un corps vient de s'écraser. C'est celui d'une adolescente, nue. "Il s'agissait d'Ourida MEDDAD, je l'ai su un peu plus tard." F.B Le Monde, 19 mars 2005.Guerre d'Algérie. Mémoire. Il y avait plus d'une centaine de lieux de sévices dans Alger.

    Témoignage (livre) de Florence BEAUGE. Auteur

    799b936e0d537ac116b1246f7cf9d610.jpg« Ourida, ma petite sœur »

    Florence Beaugé, auteure de ALGERIE, UNE GUERRE SANS GLOIRE . Histoire d'une enquête (éditions Calmann-Lévy) revient pour El Watan, depuis le témoignage de Louisette IGHILAHRIZ, sur cinq ans de recueil de témoignages et de révélations pour le journal le Monde sur la pratique de la torture et des exécutions sommaires par l'armée française pendant la guerre de Libération nationale. Un livre écrit avec sensibilité, honnêteté et sans jugement de valeur.

    Florence Beaugé. Florence Beaugé est journaliste au Monde depuis 2000. Elle est chargée de la couverture des pays du Maghreb au sein du service international. Auparavant, elle a travaillé pendant quinze ans sur le Proche-Orient et le conflit israélo-palestinien.

    bebb0f95a9843b7a93ecedf73c033985.jpgOuvrages
    Algérie, une guerre sans gloire
    Documents, Actualités, Société - 2005

    Pourquoi avoir écrit ce livre ? La publication des enquêtes dans le Monde n'était-elle pas suffisante ?

    Ourida Meddad aussi est ma sœur. Ourida est la première personne à laquelle mon livre est dédié. J'ai eu envie que son histoire soit connue en France, qu'en Algérie on sache que des Français ne l'ont pas oubliée. Je veux que sa famille sache qu'elle n'est pas morte pour rien, qu'on la salue.

    Qu'est-ce qui vous a émue dans Ourida Meddad ?

    Le fait qu'elle soit si jeune, le fait qu'il y ait un doute autour de sa mort. S'est-elle suicidée en se jetant par la fenêtre, ou est-ce qu'on l'a poussée ? Je sais qu'en Algérie, pour sa famille, pour ses amis, ce genre de chose compte, parce que les mémoires sont tellement meurtries qu'elles sont toutes à vif. Pour moi, cela reste un geste héroïque.

    Si Ourida s'est jetée par la fenêtre, pour moi, c'est exactement comme si on l'avait poussée, cela n'a aucune importance. Cette adolescente a été brûlée au chalumeau, torturée dans une école, sa mère est morte de chagrin six mois plus tard, son père en est mort quelques années plus tard, souhaitant qu'une de ses petites nièces porte le nom de Ourida, ce qui est le cas.
    Interview par Nadjia Bouzeghrane